Une jeune gabonaise poursuivie, à tort, pour vol à cause de la couleur de ses cheveux bénéficie d’une mise en liberté après 15 mois de détention préventive, a-t-on appris de SOS Prisonniers Gabon. Une histoire tout à fait rocambolesque. Le récit.

Au début du mois d’octobre 2020, au niveau du stade d’Angondje, dans la commune d’Akanda, une dame aurait été victime de braquage, ses affaires et son téléphone portable auraient été emportés par les malfrats. C’est ainsi que la victime porte plainte au commissariat d’Akanda, elle décrit que les bandits étaient à 3, deux jeunes hommes et une jeune fille avec des cheveux teints en jaune.

L’enquête est alors déclenchée. Une jeune fille habitant vers le château d’eau d’Angondje qui a également les cheveux teints en jaune, serait identifiée comme principale suspecte. Les agents vont alors effectuer des descentes dans son quartier, mais sans succès. La jeune fille va alors apprendre de ses voisins que les policiers du commissariat sont à sa recherche.

La fille décide alors de se rendre au niveau du commissariat d’Akanda pour s’enquérir de l’objet de sa recherche. Une fois sur les lieux, les agents informent à la fille qu’elle est recherchée pour une affaire de braquage et qu’elle doit simplement coopérer en allant montrer les domiciles de deux autres hommes qui auraient commis le forfait avec elle.

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La fille tombe des nues, elle nie tout en bloc et dit qu’elle ne sait pas de quoi il s’agit. Elle est donc placée en garde à vue. La victime va se rendre à son tour au commissariat pour identifier si la jeune fille en garde à vue est celle qui a participé au braquage. Aussitôt, la victime est un peu perplexe, mais reconnaît la jeune fille en disant qu’elle a toujours la même couleur jaune sur la tête comme le jour du braquage.

Après plusieurs jours passés en garde à vue sans avoir la possibilité de téléphoner à un membre de sa famille, la détenue a été transférée devant le Parquet de la République le 25 octobre 2021, puis placée sous mandat de dépôt par un juge d’instruction … comme on les connait bien au Gabon.

Tout au long de l’instruction comme en enquête préliminaire, la jeune fille va rester constante dans ses déclarations qu’elle ne sait pas de quoi il s’agit. Et aux moment des faits, elle était même malade, elle ne sortait pas de la maison qu’il suffit de se rendre auprès de ses voisins pour vérifier ses déclarations.

Quant à la partie civile, elle affirme toujours qu’elle a été victime d’un braquage et que la fille avait les cheveux teints en jaune. Et que le GPS identifie son téléphone portable du côté de Nzeng Ayong. Après plusieurs mois d’instruction, en juin 2022, la jeune fille va bénéficier d’une ordonnance de non-lieu du juge d’instruction (un non-lieu est l’abandon d’une action judiciaire en cours de procédure par un juge. Il est prononcé lorsque les éléments rassemblés par l’enquête ne justifient pas la poursuite d’une action pénale.)

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En juillet 2022, la jeune fille contacte SOS Prisonniers Gabon (SGP) pour une visite. Malheureusement le Directeur de la Prison Centrale leur interdit les visites depuis plusieurs mois. Quelques jours après, elle rappelle pour leur expliquer que ça fait plus d’un mois qu’elle a bénéficié d’un non-lieu mais qu’elle ne sait pas pourquoi elle est toujours en prison.

SPG s’est rendue au tribunal auprès de son cabinet d’instruction pour vérifier. Le greffier va donc nous expliquer que le Procureur de la République a interjeté appel, donc le dossier à été transmis à la Chambre d’accusation. SPG va donc faire le compte rendu à la détenue, en lui expliquant la procédure. Celle-ci se fond en larmes.

Malheureusement pour la détenue, la Chambre d’accusation va renvoyer le dossier en instruction, elle reste donc en prison, l’instruction se poursuit. Décembre 2022, SPG demande à la détenue de faire une demande de mise en liberté adressée au juge d’instruction. Deux jours après, la détenue nous informe qu’elle a déjà remis sa demande de mise en liberté aux agents. Mais plusieurs jours après, SPG est allée vérifier au cabinet d’instruction si une demande de mise en liberté de la détenue a été transmise. Mais rien, aucune demande. SPG demande à la détenue de faire une deuxième demande et d’exiger du service censure de lui livrer le numéro d’enregistrement de son courrier. Cette fois-ci, sa demande a été enregistrée et elle a été relaxée et conduite chez elle par SPG.

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Les affaires comme celle-là sont legion au Gabon. Des officiers de police judiciaire (OPJ) qui bâclent les enquêtes par négligence ou sous la pression du Parquet, des mains noires qui interagissent avec les responsables du tribunal même après la délivrance d’un non-lieu pour garder un innocent plus longtemps en prison, les cas se comptent par centaines. Une justice qui encourage l’injustice et réprime les justes n’est pas au service du peuple mais des entités du mal.

Avec toutes les technologies et les moyens mis en œuvre pour mener des enquêtes judiciaires, personne ne devrait être confondu à un malfrat pour la seule couleur de ses cheveux. 15 mois de vie partis en éclat pour une enquête bâclée et un faux témoignage. Quelle compensation pour le préjudice ?