Libreville, 30 juin 2025 — La nouvelle a provoqué un tollé ce dimanche sur les réseaux sociaux. Stelly, une jeune femme se présentant comme diplômée en obstétrique a publié sur son statut WhatsApp une photo d’attestation de réussite, affichant fièrement une “Licence Appliquée en Obstétrique” avec la mention “Excellent”, délivrée par l’École de Santé de Libreville (ESL), entité du groupe universitaire EM-Gabon Université. Sauf que cette attestation est… fausse.
La réaction de l’administration d’EM-Gabon ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué cinglant, l’établissement privé a catégoriquement démenti l’authenticité du document :
« Une prétendue sage-femme qui travaillerait à l’hôpital sino-gabonais d’Akébé fait valoir cette fausse attestation de réussite, que notre école de santé n’a donc jamais délivrée. Demain matin, une plainte sera déposée sur le bureau du procureur de la République contre cette dame pour escroquerie, faux et usage de faux. Nous demanderons une peine lourde à son encontre. »
Une affaire grave… mais révélatrice
Au-delà de la fraude individuelle, cet incident illustre une problématique bien plus vaste au Gabon : la prolifération de faux diplômes et la multiplication des écoles privées aux statuts flous, en particulier dans les filières médicales et sociales. Ces établissements, parfois non reconnus par l’État ou créés sans encadrement rigoureux, deviennent des terreaux fertiles pour les faussaires, souvent motivés par la recherche rapide d’un emploi ou d’un statut social.
Or, dans les secteurs sensibles comme la santé, une fausse qualification n’est pas seulement une fraude administrative. Elle représente un risque vital pour les patients. Soigner sans en avoir les compétences, c’est exposer des vies à des erreurs médicales, des diagnostics hasardeux ou des traitements inappropriés.
Un système d’authentification défaillant ?
Cette affaire pose une question centrale : comment sécuriser et authentifier les diplômes au Gabon ?
À ce jour au Gabon, aucune base de données centralisée publique ne permet de vérifier facilement les diplômes délivrés par les établissements d’enseignement supérieur, qu’ils soient publics ou privés. Le contrôle repose donc souvent sur la vigilance des employeurs… ou sur des dénonciations tardives, comme dans ce cas.
Plusieurs pays africains, comme le Rwanda ou le Ghana, ont déjà mis en place des plateformes numériques d’authentification des diplômes et certifications, accessibles aux recruteurs et aux institutions. Le Gabon gagnerait à suivre cette voie.
Une justice exemplaire ou un simple coup de communication ?
L’annonce d’une plainte contre la jeune femme par l’école peut être saluée comme une volonté de protéger l’intégrité du secteur éducatif. Mais il ne faudrait pas que ce soit un simple effet d’annonce. Une enquête approfondie doit déterminer si d’autres fausses attestations circulent, et si un réseau organisé de falsification est à l’œuvre au sein de l’établissement ou au marché noir.
Par ailleurs, les établissements privés doivent eux-mêmes faire preuve de rigueur, tant dans leur communication que dans leur contrôle interne, afin de ne pas être complices involontaires de ce type de pratiques.
Combien d’autres personnes, Gabonais ou expatriés, travaillent aujourd’hui dans les hôpitaux, les écoles ou les administrations avec de faux diplômes ? Ce cas n’est sans doute que la partie visible de l’iceberg.
Il est donc urgent de :
- Renforcer la régulation des établissements privés d’enseignement ;
- Mettre en place un registre national des diplômes ;
- Et surtout, sensibiliser la population sur les conséquences pénales et humaines de ce type de fraude.
Dans un pays où l’éducation est censée être la clé du développement, falsifier un diplôme n’est pas seulement une tricherie : c’est une trahison collective. Ce comble c’est qu’il y a des des vrais diplômés qui croupissent dans le chômage parce que le marché de l’emploi est bondé de faux diplômés, en partie.


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