Analyse politique et diplomatique de l’approche transactionnelle de Donald J. Trump face aux principaux foyers de conflit en 2025.
Le président américain Donald J. Trump, bien que souvent présenté comme un négociateur hors pair dans les cercles républicains, a montré, à travers plusieurs tentatives de résolution de conflits armés, une stratégie profondément déséquilibrée. Son approche repose essentiellement sur la pression unilatérale, l’intimidation diplomatique et la défense quasi-systématique de l’allié le plus puissant ou stratégiquement utile pour les États-Unis. À la lumière des cas récents — en Ukraine, au Moyen-Orient et dans les Grands Lacs africains — son manque d’impartialité, d’expérience historique et de connaissance géopolitique approfondie nuit gravement à son rôle de médiateur.
L’Ukraine : Une pression sur la victime pour calmer l’agresseur
En juin 2023, lors d’une interview accordée à Fox News, Donald Trump affirmait que, s’il avait été président, il aurait pu mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine « en 24 heures », affirmant que Volodymyr Zelensky devrait faire des concessions à Vladimir Poutine pour garantir un cessez-le-feu (source : Fox News, 2023). Or, aucune exigence de retrait ou de compensation n’a été posée à Moscou. Il s’agissait clairement d’une demande de compromis unilatéral au détriment de la souveraineté ukrainienne, en contradiction flagrante avec les principes du droit international et de la Charte des Nations Unies.
De plus, Trump s’était toujours montré complaisant envers la Russie, refusant notamment de critiquer ouvertement Poutine pendant son premier mandat, même après l’annexion de la Crimée en 2014, et contestant les rapports du renseignement américain sur les ingérences russes dans l’élection de 2016.
En avril 2025, l’administration Trump a momentanément suspendu une partie de l’aide militaire à l’Ukraine pour pousser Zelenskyy à accepter l’annexion de la Crimée par la Russie, sans qu’aucune concession significative n’ait été obtenue de Moscou. Cette stratégie de « deal maker » s’est heurtée à la réalité : Poutine n’a formulé aucune offre de retrait, et Zelenskyy a publiquement dénoncé une pression injuste, rappelant que l’agresseur ne peut dicter les termes de la paix.
Iran-Israël : un dangereux déséquilibre en faveur de Tel-Aviv
Autre illustration d’une médiation déséquilibrée, la politique de Trump envers l’Iran est marquée par une hostilité exacerbée. En 2018, il s’est retiré unilatéralement de l’accord nucléaire JCPOA signé en 2015 avec Téhéran, pourtant validé par l’ONU. Cela a provoqué une montée de tension extrême dans la région, renforcée par des assassinats ciblés, dont celui du général Qassem Soleimani à Bagdad en janvier 2020 (source : The New York Times, 2020).
Dans le conflit larvé entre Israël et l’Iran (notamment via le Hezbollah et d’autres proxies), Trump a littéralement pris parti pour Israël, autorisant le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem en 2018, et approuvant des frappes contre des infrastructures militaires et nucléaires iraniennes par l’armée israélienne avec la complicité tacite de Washington. Dans ce contexte, aucune neutralité ne pouvait être envisagée de la part de Trump, rendant impossible toute médiation crédible.
Dans une opération militaire baptisée « Midnight Hammer » conduite le 22 juin 2025 pour soutenir Tel-Aviv, la Maison-Blanche a lancé sur l’Iran une série de frappes sur Natanz, Fordow et Isfahan avec des bombes « bunker-busters » de 13 tonnes, sans coordination de l’ONU, sous commandement du général Michael Kurilla. Le président iranien Masoud Pezeshkian a dénoncé une « agression unilatérale », tandis que le Parlement a suspendu la coopération avec l’AIEA ce 26 juin 2025.
Afrique : l’inexpérience et les conflits d’intérêts économiques
Sur le continent africain, Donald Trump n’a jamais mis les pieds en tant que président. Son désintérêt pour l’Afrique est bien documenté, jusqu’à ses propos controversés de 2018 qualifiant des nations africaines de « shithole countries [« pays de merde », en français] » (source : The Washington Post, 2018).
Dans le cas du conflit RDC–Rwanda, en particulier dans la région du Nord-Kivu, toute tentative de médiation par Donald Trump serait non seulement malvenue, mais polluée par des intérêts économiques souterrains. En effet, plusieurs rapports, dont celui de l’ONU (2019), accusent des groupes armés, appuyés par Kigali, de contrôler illégalement les mines de coltan, de tungstène et d’or — des minerais essentiels à la fabrication des smartphones, ordinateurs et armes électroniques, dont la majorité alimente des marchés occidentaux, notamment américains.
La société américaine Apple et plusieurs autres géants de la tech ont été indirectement mis en cause dans des rapports d’ONG (notamment Amnesty International et Enough Project) pour leur dépendance aux « minerais de sang » issus de zones instables comme l’est de la RDC.
Dans ce contexte, les États-Unis n’ont jamais véritablement condamné le Rwanda, pays pourtant plusieurs fois accusé d’ingérence militaire en RDC. Trump, lui, s’est abstenu de toute déclaration notable sur la crise, laissant entendre que les intérêts économiques des entreprises américaines prévalaient sur la paix durable dans la région.
Le 18 juin 2025, le Financial Times rapportait que le futur accord de paix, prévu à Washington ce 27 juin, sera accompagné d’investissements américains massifs dans le cuivre, le cobalt et le coltan de la RDC, fruit d’un « deal » conclu entre Félix Tshisekedi et la Maison-Blanche.
Une diplomatie utilitariste, inapte à la médiation équitable
La « méthode Trump » se révèle avant tout transactionnelle : davantage motivée par des intérêts géostratégiques ou économiques que par une recherche d’équité. En exerçant une pression unilatérale sur les plus faibles et en prenant part ouvertement aux côtés de puissances amies (Moscou, Tel-Aviv, Kigali), elle sape les principes d’impartialité et de neutralité, indispensables à toute médiation durable. Or, sans confiance des deux parties et sans soutien des institutions multilatérales, la paix ne peut être qu’éphémère et fragile.
L’ensemble des éléments analysés montre que Trump ne cherche pas à comprendre les causes profondes des conflits ni à instaurer un dialogue juste, mais à imposer une sortie de crise rapide, souvent au détriment du plus vulnérable et au bénéfice stratégique ou économique des États-Unis ou de leurs alliés.
Références
- Fox News, Interview de Donald Trump sur la guerre en Ukraine, juin 2023
- The New York Times, « Qassem Soleimani Is Killed », 3 janvier 2020
- The Washington Post, « Trump referred to African nations as “shithole countries” », 11 janvier 2018
- Amnesty International, « This Is What We Die For » (rapport sur le cobalt congolais), 2016
- Enough Project, « A Comprehensive Approach to Congo’s Conflict Minerals », 2019
- Conseil de sécurité des Nations Unies, Rapport d’experts sur la RDC, 2019


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