Le verdict est tombé dans l’affaire qui mettait en cause l’adjudant-chef Hubert Nkiely Leboundji, commandant de la brigade territoriale de gendarmerie de Makokou. Reconnu coupable d’homicide involontaire suite à un accident de la route survenu le 22 avril dernier, le sous-officier a écopé ce jeudi d’une peine de six mois d’emprisonnement, dont trois mois avec sursis, ainsi que d’une amende de 200 000 francs CFA, a-t-on appris de source judiciaire.

Ce jugement, rendu par le tribunal de première instance de Makokou, fait suite à l’accident mortel ayant coûté la vie à Dominique Anangapey, percuté par un véhicule conduit par le gendarme. Le procès s’était ouvert le 10 juin 2025, mais avait été suspendu en raison d’un manque d’éléments probants dans le dossier. Hubert Nkiely Leboundji avait alors été remis en liberté provisoire dans l’attente du délibéré.

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Un jugement qui fait débat

Mais la sentence suscite déjà une vive réaction dans l’opinion publique locale, qui la juge manifestement trop clémente. En effet, au-delà du caractère involontaire de l’homicide, plusieurs zones d’ombre entachent la responsabilité du gendarme. Selon des éléments du dossier, le véhicule qu’il conduisait ne disposait ni d’assurance, ni de plaque d’immatriculation — des irrégularités majeures pour un agent de la force publique censé veiller au respect des lois.

Or, selon l’article 379 du Code pénal gabonais, « Quiconque, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou inobservation des règlements, a involontairement causé la mort d’autrui ou en a été involontairement la cause, est puni d’un emprisonnement de cinq ans au plus et d’une amende de 2.000.000 de francs au plus. » (cf. Loi n° 042/2018 du 5 juillet 2019)

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La conduite sans assurance ou sans immatriculation, ou encore lorsque le prévenu est un agent des forces de sécurité sont autant de circonstances aggravantes qui suscitent l’incompréhension au sujet de ce verdict au sein de l’opinion.

Autant de conditions qui semblent réunies dans cette affaire

« Trois mois fermes pour la mort d’un homme, et 200 000 francs d’amende ? C’est un affront à la mémoire du défunt », s’indigne un habitant de Makokou, interrogé à l’annonce de ce verdict par le tribunal. D’autres pointent du doigt un système judiciaire à deux vitesses, où la clémence serait systématiquement accordée aux représentants des forces de l’ordre, même en cas de faute grave.

Des questions en suspens

Le cas d’Hubert Nkiely Leboundji remet une fois de plus en lumière les dysfonctionnements de la chaîne de responsabilité, notamment dans l’usage des véhicules administratifs ou personnels. Comment un gendarme peut-il circuler à bord d’un véhicule non immatriculé et non assuré ? Y a-t-il eu des complicités ou des négligences dans les postes de contrôle et de régulation de la circulation ? À ce jour, aucune déclaration officielle n’a été faite par le commandement de la gendarmerie nationale.

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La famille de Dominique Anangapey, quant à elle, n’a pas encore annoncé si elle comptait faire appel de cette décision qu’elle juge « dérisoire » au regard de la perte subie.

Cette affaire relance le débat sur l’exemplarité attendue des forces de l’ordre et la rigueur de la justice gabonaise face à leurs manquements. À Makokou, la douleur de la famille du défunt reste vive, et la quête de justice semble, pour l’instant, inachevée.