Depuis l’entrée en vigueur de la Contribution Foncière Unique (CFU), les Gabonais n’en reviennent toujours pas.

En pleine transition politique, alors que le pays s’enfonce dans une crise économique persistante et que la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté, le gouvernement a trouvé bon d’instaurer un nouvel impôt. Une décision perçue par beaucoup comme une manœuvre brutale et injuste visant à faire payer aux citoyens les frais d’un système qui ne les protège pas.

Selon la Direction générale des impôts, la CFU est calculée sur la valeur locative annuelle du bien immobilier. Elle s’élève à 3 % pour la résidence principale et jusqu’à 15 % pour les résidences secondaires, terrains nus, hangars ou locaux commerciaux. Même les propriétaires de modestes maisons en tôle ou les familles vivant dans des logements précaires ne sont pas épargnés. En clair, tout propriétaire même d’une maison en planche ou en terre battue devra désormais payer un impôt annuel à l’État, même pour un simple terrain nue.

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Un secteur non réglementé mais surtaxé

Le plus inquiétant dans cette affaire, c’est que cet impôt vient frapper un secteur immobilier totalement dépourvu de cadre légal clair. Au Gabon, les prix des loyers sont fixés au bon vouloir des propriétaires, sans grille de référence nationale. Aucune loi sérieuse ne protège les locataires contre les abus. Les contrats sont rares, les expulsions arbitraires fréquentes, et l’habitat insalubre omniprésent. Pourtant, c’est dans ce chaos que le gouvernement a choisi de lever une taxe foncière, sans contrepartie ni réforme préalable.

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Une machine à enrichir l’élite ?

Cette mesure est perçue comme une tentative cynique de remplir les caisses publiques en faisant peser l’effort sur les plus pauvres. Pire, selon certains analystes, elle serait conçue pour enrichir une élite proche du pouvoir, déjà propriétaire de multiples biens, souvent hérités d’un système corrompu. Ces mêmes élites, bien conseillées et bien introduites, trouveront mille et une manières d’échapper à l’impôt ou de le contourner, pendant que les petits propriétaires de quartiers populaires subiront toute la rigueur des contrôles fiscaux.

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Colère populaire et méfiance

La grogne monte dans les quartiers. Sur les réseaux sociaux, les critiques fusent : “On ne peut pas demander au peuple de payer quand il n’a rien”, s’indigne une internaute. “Ils veulent tout prendre, même nos maisons !” Un autre souligne l’ironie d’un État incapable de garantir le logement décent pour tous, mais prompt à en tirer profit fiscalement.

À défaut de réformes sociales profondes, cette décision fiscale risque de creuser davantage le fossé entre le peuple et un pouvoir de transition qui, malgré ses promesses, semble avoir choisi son camp : celui des puissants.