Alors que le Gabon traverse une période de transition politique marquée par des promesses de réformes et de transparence, un drame familial met en lumière les dysfonctionnements persistants du système judiciaire et l’impunité dont semblent jouir certains membres des forces armées.

Le père d’une victime d’un accident mortel survenu le 28 avril 2024 au Camp de Gaulle a contacté notre rédaction pour exprimer son désarroi face à l’enlisement des procédures judiciaires et l’inaction des autorités compétentes.

Un drame resté impuni

Le 28 avril 2024, un accident mortel impliquant un agent de la Garde Républicaine (GR) a coûté la vie à un jeune Gabonais. Selon les témoignages recueillis à l’époque, le militaire, en état d’ébriété, aurait perdu le contrôle de son véhicule, percutant mortellement la victime. Malgré la gravité des faits, l’auteur de l’accident n’a jamais été inquiété. Protégé par son corps d’appartenance, il semble bénéficier d’une impunité totale, tandis que la famille de la victime se heurte à un mur de silence et d’inaction.

Un père en quête de justice

Dans un témoignage poignant, le père de la victime a confié à notre rédaction son combat pour obtenir justice. « Le 29 avril dernier, vous aviez fait état dans vos publications de l’accident mortel survenu au Camp de Gaulle. Au moment où je vous écris, toutes les procédures initiées par la famille se heurtent à l’indisponibilité de l’auteur de l’accident, protégé par son corps. Je suis le géniteur du défunt, et je ne peux rester silencieux face à cette injustice », a-t-il déclaré.

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Le père explique avoir entrepris plusieurs démarches pour faire avancer l’enquête, mais celles-ci se sont soldées par des échecs. « Après deux démarches infructueuses initiées par mes soins, les procédures se sont trouvées bloquées, l’une au B2 [Brigade de recherche criminelle], l’autre à la Direction Générale de la Recherche (DGR). J’ai fini par saisir un avocat, qui m’a informé que le parquet a transmis le dossier de cette nouvelle procédure au B2. Avec les récents changements [politiques], nous restons en attente des suites qui vont être données. Nous n’avons aucune nouvelle d’un éventuel retour fait au Parquet pour les procédures initiées par mes soins. »

Un système judiciaire en panne

Ce cas illustre les lacunes criantes du système judiciaire gabonais, souvent accusé de lenteur, de partialité et de manque de transparence. Malgré les promesses de réforme et de renforcement de l’État de droit, les familles des victimes se retrouvent souvent seules face à des institutions qui semblent protéger les puissants plutôt que de servir la justice.

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La protection dont bénéficie l’auteur de l’accident, membre de la Garde Républicaine, soulève également des questions sur l’impunité des forces de sécurité pendant cette période de transition. Alors que le pays cherche à tourner la page des décennies de régime autoritaire, de tels cas rappellent que les abus de pouvoir et l’absence de reddition de comptes restent des problèmes majeurs.

Un appel à la mobilisation

Le père de la victime lance un appel poignant à l’opinion publique et aux médias pour que cette affaire ne tombe pas dans l’oubli. « Merci beaucoup pour ce que vous aviez fait et ce que vous ferez pour rendre à nouveau publique cette affaire », a-t-il conclu.

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Il est impératif que les autorités gabonaises, notamment celles en charge de la justice et de la défense, prennent des mesures concrètes pour garantir que de tels cas ne restent pas impunis. La crédibilité de la transition en cours dépendra en grande partie de la capacité du système judiciaire à rendre justice, sans distinction de rang ou de statut.

Pour rappel, notre précédent article sur cet accident est accessible ici : Un agent de la GR en cavale après un accident mortel au Camp de Gaulle.

La balle est désormais dans le camp des autorités. La famille de la victime, comme de nombreuses autres, attend des actes concrets et non des promesses. Le Gabon de demain se construira sur les fondements de la justice et de l’équité, ou ne se construira pas.