Les fondations des Premières Dames en Afrique subsaharienne attisent la curiosité de l’opinion publique quant à leurs sources de financement. Pourquoi lorsqu’un nouveau président est porté au pouvoir, son épouse crée une nouvelle fondation au lieu de perpétuer celle de sa prédécesseure alors que le but visé est le même ? Pourquoi attendent-elles d’être Première Dame pour révéler au monde leur philanthropie pour les classes sociales défavorisées ? Quelles sont leurs sources de financement ?

Ces interrogations turlupinent encore les esprits de la société civile en Afrique noire tandis qu’en Mauritanie, les législateurs se sont déjà intéressés aux sources de financement de la Fondation Khattou Boukhary en 2008 avant que son époux, le Président Ould Cheikh Abdullahi, ne menace de dissoudre le Parlement. Ce qui donne libre cours à toute forme de supputations. Les fondations des Premières Dames en Afrique subsaharienne : entre bonnes œuvres, promotion de la femme, prosélytisme politique et blanchiment des capitaux.

Un groupe de Sénateurs mauritaniens avaient donné un coup de pied à une énorme termitière courant 2008 en voulant connaître l’origine des financements de la Fondation Khattou Boukhary, du nom de la première dame mauritanienne, l’épouse du président Ould Cheikh Abdullahi. Mais, la session extraordinaire au cours de laquelle devait être examinée cette affaire n’a pas eu lieu. Mieux, la présidence a menacé le Parlement de dissolution, s’il continuait ce « jeu qui s’apparente à une volonté de déstabilisation du chef de l’Etat ».

De nombreuses « First Ladies » ont créé et dirigent des fondations. Elles participent ainsi, aux côtés de leurs augustes époux de présidents, à la recherche de solutions aux mille et un maux qui assaillent les populations. C’est ainsi qu’elles prennent la tête des marches et des campagnes de sensibilisation sur des problèmes précis et urgents à résoudre. Au Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, l’épouse du président Ali Bongo Ondimba, a toujours été la marraine des campagnes de dépistage de cancers sein et du col de l’utérus. Un engagement humanitaire dans le combat contre un mal dont les ravages parmi la gent féminine sont considérables.

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À côté de ces engagements pour une cause sociale, sanitaire, humanitaire, etc., des premières dames mettent sur pied des fondations, généralement à but non lucratif – de façade. Ce sont des associations d’utilité publique. C’est le cas de la Fondation France Liberté que présidait en France Danielle Mittérrand, l’épouse de l’ancien président François Mittérrand. Plus d’une décennie après la mort du président Mittérand, son épouse a continué l’oeuvre qu’elle a commencée. C’est un engagement pour une cause à laquelle elle croit, à laquelle elle a décidé de consacrer sa vie.

Il n’en va pas toujours de même en Afrique quand les épouses des chefs d’État créent et patronnent des fondations. Il semble souvent difficile de dire quelle est la part de l’argent public qui contribue au fonctionnement de ces fondations. Cela est surtout vrai lorsque ces fondations exercent dans les domaines de la santé et du social. Dans ces cas, il est courant de rencontrer dans ces fondations des personnels émargeant au budget de l’État. Et il n’est pas rare que les fondations fassent la concurrence aux cliniques privées qui travaillent dans le même domaine d’activité, mais qui ont des charges très lourdes. Certaines fondations font même de l’ombre au ministère des affaires sociales, un portefeuille gouvernement avec des missions bien définies. Ce qui fait dire que certaines de ces fondations sont de véritables nébuleuses. Elles ne sont assujetties à aucun contrôle des services compétents de l’Etat. Ce qui ne devrait pas être le cas pour des structures qui importent leurs équipements et aussi les produits nécessaires à leur fonctionnement normal avec des exonérations de douanes et de taxes.

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Dans certains pays de l’Afrique, les citoyens se demandent à juste titre s’il s’agit de l’humanitaire ou du business. D’autres vont jusqu’à les assimiler à des maisons aux fonctions multiples : on s’y livrerait à l’affairisme. En outre, l’absence de bilan (à l’intention de qui du reste ?) ne fait que croître l’opacité qui entoure l’objet, le fonctionnement et la gestion de certaines fondations de Premières Dames.

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Toutes les fondations, loin s’en faut, ne sont pas sujettes à caution ! En Afrique, il y a des fondations honnêtes, dirigées par d’honnêtes Premières Dames. Elles fonctionnent sur des bases claires, avec des statuts qui respectent les textes et règlements régissant leur domaine d’activité. L’origine de leurs fonds et les noms des donateurs sont publiés, donc connus de tous ceux qui s’intéressent à leurs activités. C’est vers cette transparence que doivent tendre les organisations des Premières Dames d’Afrique et leurs fondatrices.

Ces institutions brassent des sommes d’argent si énormes qu’on les soupçonne de faire autre chose que de l’humanitaire, en l’absence de toute indication sur la provenance de leurs fonds. En l’absence d’un bilan officiel, de nombreuses fondations de Premières Dames d’Afrique seront toujours accusées, à tort ou à raison, d’utiliser des circuits obscurs pour la propagande des fondatrices et, par ricochet, de leurs époux. Faute de connaître où vont les ressources générées par les prestations qu’elles donnent, plusieurs de ces fondations seront perçues comme des boîtes à sous des épouses des chefs d’Etat africains. Ce qui ne devrait pas être le cas, car étant déclarées comme associations d’utilité publique et bénéficiant de financement provenant de l’argent public.

Qui financent les fondations des Premières Dames en Afrique subsaharienne ?