Les résultats du baccalauréat session juillet 2022 sont connus. Les bacheliers qui répondent au critère d’âge tentent désormais le tout pour le tout en proposant aux responsables d’établissement de faire modifier leurs bulletins de notes ou en sollicitant les services d’un faussaire à la « Gare Routière » pour avoir au minimum 10/20 pour prétendre à une bourse d’études.

Le décret fixant les conditions d’attribution des bourses d’études pour l’enseignement supérieur général au Gabon dispose que tout postulant doit être titulaire d’un baccalauréat ou d’un diplôme équivalent reconnu par l’État gabonais, être âgé de 22 ans au maximum au moment de la demande et avoir une moyenne annuelle supérieure ou égale à 10/20 en Terminale.

C’est cette dernière condition qui pose le plus de problèmes dans la plus part des cas. Pour y remédier, certains responsables d’établissement, en complicité avec leurs informaticiens, se proposent de modifier les bulletins de notes des élèves concernés par cette « mesure-obstacle » après le baccalauréat. D’autres, par ailleurs, se tournent vers des fins falsificateurs au marché noir.

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L’ANBG ne travaille pas directement sur les données de X-Gest

Comment ces faux bulletins arrivent-ils à passer pour des authentiques alors que la plateforme X-Gest permet de relever leurs irrégularités ? L’ANBG ne consulte pas les données académiques des postulants à une bourse d’études directement sur l’application nationale de gestion de la vie scolaire X-Gest. Elle statue sur la seule base des documents soumis par les postulants via la plateforme d’ebourse.

À ce niveau, seul l’aspect physique du document et la moyenne annuelle intéressent les agents réunis en commission. Le scan des codes barres et QR codes sur les bulletins sont très rares. Il faut noter également que cette fonctionnalité est parfois désactivée par certains établissements privés qui conditionnent la consultation des résultats par les personnes tierces au paiement des frais d’écolage.

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Une pratique honteuse encouragée par la société gabonaise

Cette pratique n’est pas nouvelle, rappelons-le, c’est plutôt sa normalisation au sein de l’opinion qui clive. En effet depuis les révélations publiées sur les réseaux sociaux, il y a deux camps qui s’opposent. Il y aceux qui fustigent cette attitude de recourir à la facilité pour réussir. En face, il y a des citoyens éhontés qui estiment que c’est normal parce que les autorités nationales ne montrent pas le bon exemple. « Affaire en bandit se règle en bandit », déclare Yance Cégolène Ntsame Menié qui ne voit absolument aucun problème qu’un élève falsifie son bulletin.

« ‹ Tout le monde triche, pas pour gagner , mais pour exister › surtout dans un pays où la précarité frappe aussi forte que Mike Tyson » estime Gymoney No Flex Lawana, un socionaute gabonais. Pour Menzene Ursula c’est tout à fait normal « car il y a beaucoup d’enfants qui ont des noms connus que les conditions de l’ANGB ne concernent pas. Donc obligé d’aider les sans relation », une justification superficielle à peine compréhensible.

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Rassurez-vous, vous êtes encore loin du comble. Pour essayer de donner une certaine légitimité à une pratique aussi honteuse, Cedric Ever rejette la responsabilité sur les gouvernants : « Ce sont les conséquences de leurs actes ! S’ils améliorent nos universités les gens ne chercheraient pas les bourses comme ça ! » Où est donc le rapport ?

Certains internautes tels que Noëla Joli se plaisent à dire que c’est leur propre argent qu’ils dépensent dans ces actes frauduleux et les personnes qui fustigent la pratique sont des « jaloux ». Sommes-nous tomber si bas au point de normaliser un délit punit par la loi ?