Les stagiaires constituent pour bon nombre d’employeurs – en entreprise, du monde associatif ou directement liés à l’État – une véritable armée de réserve, qualifiée, motivée et docile, qui vient concurrencer le bataillon déjà massif des chômeurs. Cet article propose un éclairage inédit de cette situation scandaleuse et interpelle les responsables politiques, syndicaux et universitaires, ainsi que les entreprises à prendre leur responsabilités.

Assurant en principe un complément de formation et une première prise de contact avec le monde du travail, le stage a été en effet très largement détourné de son usage pour devenir bien souvent une simple variable d’ajustement de la masse salariale. Cette série d’articles donne la part belle aux témoignages, car personne mieux que les stagiaires ne pouvait exprimer leurs doutes et leurs frustrations, mais aussi leurs espoirs.

Delphine, une étudiante en Master 2 est à son 3e stage non rémunéré. Le premier en DUT dans une PME de la place. Elle dit avoir vraiment peiné à l’obtenir. Elle y passé 6 mois. De 08 heures à 17 heures, de fois 18 heures. Il y avait énormément de travail et le chef n’était jamais là.

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« Il y avait à manger mais quand moi et ma collègue on se servait un bout de pain on était sermoné ou critiqué », déclare-t-elle. Fort heureusement, Delphine et sa camarade ont pu soutenir leurs DUT sans grande difficulté.

Son deuxième stage de licence, elle l’obtient dans une entreprise où il y a beaucoup d’activité, assez de flux clientèle, et un patron oppressant. Elle ne devait partir que quand il a fermé son bureau et pas avant. Tellement d’exigence, mais que faire ? Elle rentrait tard et devait être là tôt le lendemain car en plus de son stage en rapport avec sa formation, elle faisait office de ménagère et de servante quand il voulait.

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« L’objectif pour moi était de soutenir tranquillement et de clôturer mon mémoire », nous confie-t-elle. Elle a fait 4 mois sans un seul franc ! Actuellement, la demoiselle est à mon troisième stage et ne perçois que quelques miettes qui lui permettent de couvrir à peine son transport.

En réalité, le code du travail gabonais n’encadre pas suffisamment le traitement du stagiaire et entretient le flou dans ce secteur. Qui de plus est, les écoles où sont issues les stagiaires ne leur facilitent aucunement la tâche. Dans les conventions de stage il est mentionné que « la rémunération du stagiaire est à l’initiative de l’entreprise ».

Cela voudrait évidemment dire que le stagiaire n’est payé que quand l’employeur a « pitié » du stagiaire.
Delphine est parfois allée discuter avec le chef si s’il ne pouvait pas lui trouver ne fût-ce que 50 000 FCFA par mois. Ce qui s’est toujours soldé par un refus catégorique frisant le ridicule.

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Quant au stagiaire, à la marge du marché du travail, sans ressources financières, il se trouve piégé dans un cercle vicieux : il doit faire des stages parce qu’il ne trouve pas d’emploi, et il ne trouve pas d’emploi parce que d’autres acceptent de faire en tant que stagiaires le travail de véritables salariés. C’est ce tabou du stage abusif que nous faisons voler en éclats dans cette série d’articles incisifs.

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