Homme de « Dieu » et Directeur de la société Bâtisseur de Richesse (BR SARL, en abrégé), Yves David Mapakou a escroqué près de 10 000 personnes dans un système d’arnaque à la Ponzi, peu connu à l’époque dans le pays. Les autorités de contrôle ont-elles été défaillantes?

Il est l’homme le plus recherché du pays. Suspecté d’avoir siphonné, avec deux complices, l’épargne de plusieurs milliers de Gabonais à travers la société Bâtisseur de Richesse (BR SARL), Yves David Mapakou, pasteur d’une église pentecôtiste, la Chapelle des Solutions, reconverti dans les affaires, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Le 13 octobre 2015, le quadragénaire s’est évanoui dans la nature pour une cavale à l’issue incertaine, après que l’établissement a annoncé au public la fermeture de ses agences sur l’ensemble du territoire. Depuis, le « Révérend Bishop » n’est apparu que rarement, à travers des vidéos postées sur YouTube : tee-shirt Armani, chevalière au doigt et bracelet en or au poignet, il y clame son innocence.

Arrestation annoncée !

Mi-avril 2016, la presse gabonaise a annoncé son arrestation à Paris. Ce que ne confirme pas un magistrat du Tribunal de Première Instance (TPI) de Libreville joint par Jeune Afrique : « Nous attendons l’exécution du mandat d’arrêt par les différents pays sollicités pour la mise en œuvre de la coopération judiciaire, précise-t-il. Une information judiciaire est en cours [au Gabon] devant le juge d’instruction du TPI contre les principaux dirigeants de BR SARL, dont deux [Ignace Koubla et Aristide Kodjo Guenzo] sont sous mandat de dépôt. » Mapakou, l’ex-directeur général, les accuse d’avoir placé l’argent des épargnants « dans des comptes, en Chine, qu’ils étaient les seuls à gérer ».

TOUS VANTAIENT LA MULTIPLICATION DE LEUR CAPITAL, COMME PROMIS.

Entre 9 000 et 10 000 personnes flouées demandent que justice et épargne leur soient rendues. Elles descendaient régulièrement dans la rue, obligeant la police à intervenir. Pourtant, au début, BR SARL, présenté comme un organisme de microfinance, avait tout pour séduire. « Si j’épargne 1 million de F CFA, je gagne 200 000 F CFA de bénéfice par mois », claironnaient les publicités diffusées à longueur de journée à la télévision. Des publireportages donnaient la parole à certains clients ayant eu recours aux services de la société.

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Tous vantaient la multiplication de leur capital, comme promis. Pendant trois (3) ans, BR SARL a tranquillement mené son activité, étendant son réseau, s’implantant dans des villes secondaires et raflant parfois la totalité de l’épargne des ménages, au nez et à la barbe du Ministère de l’Économie, mais aussi de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), basée à Libreville, qui a notamment pour rôle de surveiller le secteur dans les pays de la CEMAC.

Son effondrement, il y a 6 ans, a révélé une vaste arnaque, que nous explique l’économiste Mays Mouissi : « La fraude pyramidale [ou chaîne de Ponzi] développée par BR SARL a consisté à rémunérer les dépôts des premiers épargnants directement à partir des dépôts des épargnants suivants. En agissant ainsi et tant que le flux des dépôts des nouveaux entrants restait important, BR SARL n’avait aucune difficulté à verser les intérêts prohibitifs qu’elle promettait à ses clients.

Il semble cependant qu’en 2015 l’activité a commencé à se tasser. Le flux de nouveaux dépôts ne permettait plus d’assurer la rémunération des premiers clients, eux-mêmes beaucoup plus nombreux. L’escroquerie montée par BR SARL a donc été confrontée à un assèchement progressif de liquidités, qui a eu pour effet de faire s’écrouler le système et, accessoirement, de conduire le principal dirigeant à prendre la fuite. »

Flou juridique pour les uns, opportunité pour Mapakou

Aucun organisme de contrôle ne s’est inquiété des promesses éhontées de BR SARL. Pourtant, l’article 43 du règlement sous-régional qui encadre l’activité des établissements de microfinance au Gabon dispose que « nul ne peut administrer, diriger ou gérer un établissement […] s’il a fait l’objet d’une condamnation pour crime [ou] abus de confiance ». Comment Yves David Mapakou a-t-il donc pu être autorisé à collecter l’épargne des Gabonais alors qu’il a été condamné en mars 2009 par la Cour Criminelle de Libreville à cinq (5) ans de prison ferme pour le viol d’une mineure de 13 ans, avant d’être gracié?

LES ÉPARGNANTS N’ONT PAS EU LE RÉFLEXE DE VÉRIFIER SI MAPAKOU ET SES AMIS AVAIENT DES AGRÉMENTS DE LA COBAC.

Critiqué dans la presse pour sa négligence, le Ministère de l’Économie a dû s’expliquer dans un communiqué publié le 17 novembre 2015 : « Ni l’entreprise citée ni ses dirigeants n’ont obtenu d’agrément délivré par le Ministère de l’Économie. Cette entreprise et ses dirigeants sont donc susceptibles d’êtres poursuivis et seront effectivement poursuivis pour exercice illégal de l’activité de microfinance. »

Dans la réalité, les promoteurs de BR SARL ont profité d’un flou juridique pour lancer leurs activités avec une apparence de légalité. En effet, la loi gabonaise permet à une entreprise de fonctionner dès l’obtention d’une simple « fiche circuit » délivrée par l’administration lors de sa création. Les épargnants n’ont pas eu le réflexe de vérifier si Mapakou et ses amis avaient des agréments de la COBAC.

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Ils se sont aussi fait berner par une communication bien huilée, affirmant par exemple que la société est « le numéro un des représentants au Gabon » du Foreign Exchange Market (Forex, marché mondial des changes), ce qui ne signifie pas grand-chose mais a permis de semer la confusion dans l’esprit des victimes les plus influençables. L’une d’elles le reconnaît : « Nous pensions qu’il y avait des Américains derrière cette société, c’était un gage de sérieux. »

Plusieurs années après la cessation de BR SARL, d’autres formes de fraude pyramidale ont émergé dans le pays telles que « Coffre 2 Luxe », « QuiAri » ou encore « Crowd1 ». Et des centaines de Gabonais se sont encore fait piégés. Ceux qui ont été appâté par des gros gains en temps record regrettent aujourd’hui leur épargne. Un adage populaire dit « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ».