Formateur et instructeur de taekwondo depuis près de trois décennies, Maître Chacka, de son vrai nom Martin Avera, a été suspendu de ses fonctions par la Ligue de l’Estuaire suite à des révélations d’agressions sexuelles sur mineurs.

Depuis quelques jours, des personnes ont pris publiquement la parole pour dénoncer l’ancien instructeur du Lycée Leon Mba et C.E.S Akébé de Libreville. « Ça s’est passé en 1995, j’avais 14 ans à l’époque », explique un de ses anciens élèves. « J’ai failli être sa victime. Il a essayé à plusieurs reprises de me faire venir chez lui, il me proposait des cadeaux. Un jour, alors que nous rentrions de l’entraînement, il a essayé de me forcer à l’embrasser. J’ai refusé, j’ai menacé de crié, puis il m’a lâché. J’ai raconté les faits à ma mère qui m’a interdit ensuite de retourner à ses cours. »

Jeux videos et drogue pour appâter les jeunes

Pour appâter les jeunes, le Maître utilise souvent le même argument : les jeux vidéos. « C’est comme ça qu’il faisait pour nous inciter à venir chez lui », se souvient un autre pensionnaire. « Il était très gentil au début et gagnait notre confiance jusqu’au jour où il a commencé à me toucher. Quand je me suis débattu, il m’a frappé. J’étais apeuré, j’ai crié. »

Si une plainte avait été enregistrée au tournant des années 2000, Maître Chacka a poursuivi sans le moindre souci son activité, devenant le formateur de la fameuse École des Champions et Hyundai, Taekwondo à Libreville. « J’avais 15 ans », soupire un jeune homme dont la vie a failli être « détruite » par celui que les gens surnomment Le Zoulou. « Il m’a drogué et il m’a forcé à accepter qu’il me mette le pipi aux fesses comme il aime le dire. Drogué, je me suis laissé avoir. Il m’a lavé, installé sur son lit, a porté un débardeur noir avec des trous dessus. Il m’a sucé le pénis pour m’exciter en vain car je n’étais pas pour. Puis, il m’a bandé les yeux et m’a embrassé de force avant de me retourner pour me pénétrer. Je serrais les fesses, son pénis n’est pas rentré totalement. Son objectif était de le faire petit à petit. Il me menaçait d’arrêter de serrer les fesses où il allait complètement me bousiller. »

Les pesées tout nu

D’autres pensionnaires de ses clubs ont raconté des faits similaires, principalement lors des pesées. « On devait toujours être nu, totalement nu », raconte un adolescent. « J’étais très jeune, je devais avoir 11 ans. Il m’a dit de regarder loin devant, puis il en a profité pour me toucher le sexe. Il a posé sa main sur mon épaule, il me tenait, et il a commencé à me masturber. Je ne savais pas quoi faire, j’étais apeuré. »

Sauvé par l’appel au dehors d’un camarade, l’enfant a arrêté le taekwondo comme beaucoup d’autres. « Il m’a violé. Il m’a pénétré de force en menaçant de me tuer si je lui résistais », confesse l’un d’entre eux entre deux sanglots. « Je ne comprends toujours pas comment ce monsieur peut exercer. Qui va faire quelque chose ? »

La fédération en partie civile

Contacté, le Ministère des Sports, Franck Nguema, n’a pas donné suite. La fédération de taekwondo, par l’intermédiaire de son président, Denis Mboumba, a expliqué « qu’il serait judicieux également pour les parents de saisir directement les autorités judiciaires compétentes, condition sine qua non pour que la fédération leur vienne en appui en se constituant partie civile ».

Maître Chacka, lui, nie les faits, parlant même d’un complot orchestré contre sa personne par la famille d’un enfant. Problème pour Le Zoulou, il ne s’agit pas d’une famille, mais bien d’une dizaine de personnes depuis le milieu des années 90 jusqu’à aujourd’hui qui l’accuse de pédophilie et agression sexuelle sur mineurs. « Je pleure, mais vous n’imaginez pas à quel point parler de ce qu’il m’a fait est une délivrance », raconte l’une des victimes. « Nous devons nous réunir pour protéger nos enfants de ce monstre. »

(c) Romain Molina

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