Ali Bongo Ondimba a rencontré le mardi 11 mai la Secrétaire Générale du Commonwealth, la baronne Patricia Scotland et, par la suite, le prince Charles, pour évoquer la signature de la charte du Commonwealth lors du prochain sommet de Kigali initialement prévu en juin, mais reporté à une date ultérieure pour cause de crise sanitaire.

Alors que le Gabon n’a aucun lien historique avec le Royaume-Uni, bien qu’étant membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et l’un des plus proches alliés de la France en Afrique, il a pourtant introduit une demande d’adhésion au Commonwealth, un « club » créée en 1949 regroupant d’anciennes colonies britanniques. Après le Mozambique en 1995 et le Rwanda en 2009, le Gabon sera le troisième pays non anglophone à l’origine, à rejoindre cette organisation.

Les États membres du Commonwealth n’ont aucune obligation les uns envers les autres. Néanmoins, ils sont réunis par la langue (1), l’histoire (2), la culture (3) et des valeurs (4) décrites dans la Charte du Commonwealth telles que la démocratie, les droits humains et l’État de droit. Quatre critères essentiels que le Gabon ne remplit manifestement pas.

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La langue

Le Gabon est membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) depuis 1970 et partage le français comme langue officielle avec plus de 829 000 locuteurs. Après la Côte d’Ivoire, le Gabon est également considéré comme l’un des maillons forts de la françafrique. Le vœu d’Ali Bongo de faire de l’anglais la seconde langue du pays a échoué lamentablement en 2012 et ce, malgré les centaines d’enseignants envoyés en formation au Ghana.

L’histoire

Que cela soit sur le plan diplomatique ou historique, le Gabon n’a vraiment aucun lien avec le Royaume-Uni et la couronne britannique. (Ancienne) colonie française, le Gabon ne dispose pas de représentation diplomatique officielle pour l’Angleterre ni des 3 autres pays formant le royaume. Les intérêts de la France passent en premier et l’accession au Commonwealth risque de créer un conflit d’intérêts interétatique.

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La culture

La culture anglo-saxonne est diamétralement opposée à la culture francophone. Les anglophones promouvent une idiologie totalement différente et place l’homme au centre du développement. Le système anglophone priorise l’éducation et l’entrepreneuriat alors que le système gabonais calqué de la France met en avant le salariat et la politique.

Les valeurs

Pour intégrer le Commonwealth, il faut nécessairement partager les valeurs intrésèques qui régissent l’organisation intergouvernementale décrites dans la Charte telles que la démocratie, les droits humains et l’État de droit. Au Gabon, contrairement à ce qui se dit ou qu’on laisse voir à la télévision nationale, ces notions sont peu expérimentées. La séparation de pouvoir est un vain tant le Législatif flirte avec l’Éxécutif dans le dos du peuple.

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Au Royaume-Uni, le régime politique est une monarchie-parlementaire ouvertement assumée et une démocratie représentative qui rend les députés comptables devant le peuple qui les a porté à ce poste. Au Gabon, malheureusement, les députés obéissent aveuglément à leur hiérarchie politique sous peine de sanctions par l’autorité disciplinaire du parti.

Des opposants politiques et d’idées sont emprisonnés pour leurs positions et leur vision d’un Gabon nouvau. Si la Francophonie tolère ou, du moins, reste insensible devant de telles attitudes, ce n’est pas certainement pas le cas du Commonwealth qui condamne sévèrement ces écarts qui mettent en mal les libertés fondamentales et le principe même de la démocratie.

Le dossier du Gabon est étudié avec minutie pour décider s’il vaut une place au sein de l’organisation ou non. Lee White est, selon certaines sources, le principal avocat dans cette aventure.