L’an dernier, le législateur gabonais avait introduit un projet de loi visant à punir de peine d’emprisonnement et d’amende toute personne doutant de la nationalité d’un tiers. Cela laisse penser que les autorités gabonaises doutent elles-mêmes de leur « gabonité » et souhaitent faire taire les observations faites sur certains individus qui ont obtenu la nationalité gabonaise de manière irrégulière. Aujourd’hui n’importe qui peut se targuer d’être gabonais. Que vaut-il encore d’être gabonais en 2021?

Le Gabon est l’un des rares pays en Afrique subsaharienne où les Gabonais par adoption occupent 86% des postes de responsabilité et des fonctions stratégiques au sein de l’appareil étatique. Alors que certains acquièrent la nationalité gabonaise de manière régulière par naturalisation au regard de leur apport sur le plan économique, d’autres, en revanche sont des veilleurs de nuit, cuisiniers, maçons … en situation irrégulière et adoptés par leurs employeurs — pour la plupart présidents, ministres, députés, sénateurs ou directeurs et apparentés — qui leur confèrent par la même occasion, leurs patronymes. C’est d’ailleurs cette dernière catégorie qui crache aux Gabonais de souche : « Je suis plus Gabonais que toi. »

Dans certaines localités frontalières telles que Meyo Kye, Médouneu, Mabanda, Djounou-Carrefour ou Lekoni, des individus rentrent clandestinement au Gabon où ils commencent à faire des petites bricoles avant de se faire établir un document d’état civil frauduleusement moyennant entre 20 000 et 50 000 FCFA dans la préfecture ou la mairie de la région. Très vite, ils s’intègrent et sont portés aux hautes fonctions publiques. Parfois, il s’agit des Occidentaux qui, de par les opportunités économiques que présente le pays, acquièrent la nationalité gabonaise.

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Les Libanais, par exemple, ont tissé des relations très fortes avec les hommes à la tête des hautes administrations et juridictions du Gabon à telle enseigne que certains ont même monté un réseau clandestin de délivrance de passeports gabonais. Les Libanais tenanciers des commerces défient les services municipaux et les plus zélés giflent même les maires gabonais dans l’exercice de leurs fonctions. Aujourd’hui les entreprises étrangères sont favorisées au détriment des initiatives nationales, ce qui met en mal l’essor de l’entrepreneuriat national.

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Plutôt que de l’étouffer, en adoptant presque machinalement la réforme de la Loi n°042 2018 du 5 juillet 2019 portant Code pénal, l’Assemblée Nationale et le Sénat ont contribué à renouveler le débat sur les origines des dirigeants et leur entourage, dont certains sont déjà présentés à l’opinion comme de potentiels candidats. Dans ledit code, l’article 267 punit « d’un emprisonnement de cinq ans au plus et d’une amende de 10.000.000 de francs au plus ou de l’une de ces deux peines seulement » la remise en cause de la filiation légitime, naturelle ou adoptive d’un tiers. Une manière tsarienne de faire taire toutes les remises en question des personnes aux filiations douteuses qui occupent des fonctions importantes.

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Le cas de Brice Laccruche Alihanga (BLA) est très curieux. Présenté comme né d’un père gabonais et d’une père française, il va gravir les échelons jusqu’à être nommé Directeur de Cabinet du Président de la République, puis Ministre du Suivi de la Stratégie des Investissements Humains sans que le Direction Générale de la Documentation et de l’Immigration (DGDI) et les services spéciaux ne s’en aperçoivent. Aujourd’hui déchu, il est désormais accusé d’avoir menti sur sa filiation et d’avoir truqué les documents sur son état civil. Un aveu implicite de ce que le système gabonais encense même les faussaires pourvu qu’ils servent leurs intérêts.