La surpopulation carcérale à la prison centrale de Libreville est aussi tributaire du manque de conscience professionnelle de certains membres de l’administration pénitentiaire et judiciaire du pays. En tout cas, c’est ce que l’on peut en déduire au regard de la légèreté avec laquelle les dossiers des détenus sont traités.

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En effet, la gestion des dossiers des détenus est faite avec une légèreté et une négligence sans pareil. Tandis que certains dossiers sont perdus, d’autres sont simplement négligés et les détenus qui doivent être libérés sont oubliés en prison par manque de résultat d’audience. C’est le cas de Ndecka Motshebo Stéphane, une autre victime de notre système judiciaire gabonais qui souffre de plusieurs tares.

Incarcéré à la Prison Centrale de Libreville (PCL) appelé a posteriori « Sans Famille » depuis le 27 juin 2014 pour vol, il est jugé le 06 mai 2015. Le 24 juin 2015, date à laquelle la décision est rendue, Ndecka Motshebo Stéphane n’a pas été conduit au tribunal pour assister au délibéré. Le service du greffe de la PCL – qui assiste pourtant à toutes les audiences – n’a pas pris le soin de communiquer le résultat d’audience au détenu. L’homme ignore donc la peine que le tribunal lui a infligée. Il va alors rester en prison, faute de connaissance de son résultat d’audience.

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Le 26 avril dernier, l’ONG SOS Prisonniers Gabon (SPG) est informée de la situation carcérale de Stéphane. Comme d’habitude, elle s’est rendue au tribunal pour chercher le résultat d’audience. Un nouvel obstacle se présente. Au tribunal, il existe une pratique qui est devenue une loi: pour les recherches, vous devez payer 10 000 FCFA par année, c’est-à-dire que si vous avez besoin d’une décision de 2010, vous devez payer 110 000 FCFA.

Aussitôt, les recherches sont lancées au greffe. Le lendemain, le résultat d’audience est trouvé avec diligence puisque l’argent est un puissant stimulateur dans les administrations publiques au Gabon. Il faut alors passer au paiement des frais de recherche. Le président de SPG explique ne pas être, en tant qu’ONG de payer les 60 000 FCFA de recherche + 22 500 FCFA pour l’expédition. En revanche, il propose au greffier 20 000 FCFA pour les efforts consentis.

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Le greffier accepte et promet d’expédier le résultat d’audience le plus rapidement possible. Ndecka Motshebo Stéphane est incarcéré à « Sans Famille » depuis le 24 juin 2014, et il est toujours en attente de son résultat d’audience. Une fois la recherche effectuée, nous découvrons que Ndecka avait été condamné à 2 ans d’emprisonnement ferme et 3 ans avec sursis. Donc il devait être libéré deux ans après, c’est-à-dire le 24 juin 2016. Depuis 2016, il devait regagner sa famille. Ndecka Motshebo Stéphane a été séquestré pendant 5 bonnes années. Il a passé plus de temps en prison que sa peine. Il a été finalement libéré lundi 3 mai 2021.

Comment une personne qui doit être libérée depuis 2016 peut-elle rester en prison jusqu’à 2021 ? Quel sérieux pour un tel système judiciaire ? Il y a un véritable manque de suivi des dossiers, un manque de conscience professionnelle de nos agents publics ! La vie humaine est totalement banalisée au détriment des gains matériels. Le prisonnier au Gabon est considéré comme un sous-homme. Il n’a pas droit au respect de sa dignité, ni à un traitement digne. La justice n’existe-t-elle que lorsqu’il faut envoyer quelqu’un en prison et jamais lorsque le moment vient de l’en sortir ?

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Pourtant c’est la même loi qui vous envoie en prison qui doit vous libérer. Ndecka Motshebo a passé 5 ans en détention arbitraire, quelle réparation pour le préjudice subit ?

À quand les sanctions contre les responsables des détentions abusives parfois à la demande des plaignants ?

Comment peut-on lutter contre la surpopulation carcérale, si même ceux que la loi considère comme devant être libérés sont maintenus illégalement en prison ?