Le formol, plus connu par le commun des Gabonais comme la substance chimique utilisée dans les morgues pour la conservation et l’embaumement des cadavres avant l’enterrement, est aujourd’hui un agent d’intoxication alimentaire. Il est utilisé par des commerçants sur des denrées de consommation pour prolonger leur durée de conservation. Une action mercantiliste aux conséquences sanitaires fâcheuses.

L’argent d’abord, la santé après

Le formol, aussi appelé methanal ou formaldehyde ou encore aldehyde formique, est un composé organique de formule chimique CH2O utilisé entre autres comme fixateur et conservateur de tissus ou des cadavres animaux ou humains. Mais il a d’autres utilisations notamment dans l’industrie, la recherche sciencitifique et la médecine, entre autres. Au Gabon, à Libreville plus précisément, certaines commerçantes utilisent du formol sur les denrées alimentaires pour conserver leur fraîcheur et ainsi prolonger leur durée de conservation. La pratique a été observée principalement chez les commerçantes de poissons et de bananes dont la majorité est d’origine Ouest-africaine.

Ces informations nous ont été remontées par d’autres commerçantes qui avaient observé que sur les étales de ces dames il n’y avait quasiment jamais de mouches et que leurs marchandises gardaient une fraîcheur même après de longues heures sous le soleil. Travaillées au corp par leurs collègues, certaines commercantes ont commencé petit à petit à livrer le secret: « Elles aspergent leurs marchandises avec un liquide spécial qui est du formol. »

Une pratique importée

Couramment utilisée en Afrique de l’Ouest cette pratique, illégale par ailleurs, a d’ailleurs fait l’objet d’une enquête sanitaire au Togo où l’usage est très répandue jusque chez les vendeuses de jus de Bissap, de Kounou, de lait caillé et de gâteaux bedoumes pour relever le goût sucré sans toutefois mettre beaucoup de sucre car celui-ci coûterait cher dans le pays.

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La légende de l’eau des morts

Le formol, en plus d’être un conservateur, est aussi un repulsif contre les mouches et un exhausteur du goût sucré ? Les expériences démontrent que oui. La fameuse legende urbaine de « l’eau des morts » utilisée par certaines commercantes pour attirer les clients était donc vrai ?

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En réalité comme dans toute légende il y’a un peu de vrai et un peu de faux.

  • Le Faux: Le pouvoir mystique supposée d’une eau avec laquelle on aurait lavé un mort et qui rendrait les clients fidèles.
  • Le Vrai: Les propriétés de fixateur et de conservateur des cadavres d’animaux ou d’humains du formol ainsi son action sur le goût.

Les contraintes de conservation

Dans un pays où la chaîne du froid n’est pas toujours respectée surtout à cause des caprices de dame SEEG, pouvoir garder sa marchandise fraîche malgré les fortes chaleurs est un véritable challenge pour les commerçants. Le formol n’étant pas en vente libre sur le marché, certaines commerçantes peu scrupuleuses n’hésitent pas à se rapprocher des morgues, lieux où ce produit est le plus utilisé pour s’en procurer.

Compte tenu de la forte demande, certains travailleurs des morgues encore plus fourbes, leurs revendent le liquide qui a déjà servi, d’où l’expression : l’eau des morts.

Les risques sur la santé

En effet en 2004, le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) qui dépend de l’OMS a classé le formol comme une substance cancérigène et toxique.

En 2011, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, Alimentaire, Santé et Travail (ANSES) a demandé sa limitation d’emploi essentiellement dans les produits d’hygiène animale et les produits d’embaumement de cadavres.

Elle a interdit formellement son utilisation dans tous les produits d’hygiène humaine, produits en contact avec les denrées alimentaires et d’autres domaines plus spécifiques.

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De la responsabilité de l’AGASA

Si elle était plus discrete voire confidentielle il y’a quelques années, cette pratique illégale et dangereuse pour la santé humaine, semble s’être répandue et installée dans le milieu des petits commerces de Libreville et d’Owendo au point où certaines ne s’en cachent même plus.

Il serait plus que temps que l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) se penche sur le problème afin de sévir les indélicats qui mettent en danger la vie des Gabonais, car ils sont tout aussi coupables par leur inaction que les principaux acteurs de ces pratiques.